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La Trousse Corrézienne

LTC 3, Société · 4 septembre 2015

Tutelles en bref…

Protégez-moi !… de ma carte bancaire…

L’an passé une voisine, handicapée psychique, sous l’emprise affective de sa famille qui veut la faire quitter sa petite maison en pierres, me demande conseil : « je pense demander une mise sous tutelle, pour me protéger de ma famille ». Perplexe, je lui réponds que je crains surtout qu’elle ne soit protégée que de son compte en banque. J’ai eu malheureusement raison… En novembre, la mise sous tutelle est décidée. Un tuteur indépendant (oui, oui, en profession libérale, ça existe…) intervient début décembre. La carte bancaire et le chéquier sont confisqués. On lui donne 80 euros en espèces pour faire le mois ; prochaine rencontre début janvier. La solidarité d’autres voisins lui permet de tenir : ils lui fournissent du bois pour l’hiver, et elle prend ses repas chez eux. Sa santé mentale en revanche se dégrade. Début janvier, elle reprend contact avec sa famille puis disparaît : elle a été, en fait, avec l’accord de son tuteur, placée par sa famille en foyer-logement. Le bois est vendu, un dimanche, par le tuteur, à des particuliers…

Mais où sont passés ces 30 000 euros ?

Dans les années 1970, un jeune garçon handicapé (appelons-le Bernard) est placé dans une famille d’agriculteurs (disons, Robert et Micheline), en l’occurrence encore des voisins. Il devient leur salarié agricole, et est nourri et logé par la famille contre participation comme il est de coutume à l’époque. En trente ans, ils ne verront quasiment jamais le délégué à la tutelle de l’association censée le prendre en charge. En 2013, le délégué part en retraite et est remplacé par une jeune femme. Celle-ci souhaite rencontrer Bernard. Pendant l’entretien, Bernard, Micheline et Robert apprennent que Bernard a environ 150 000 euros de côté. C’est vrai qu’il perçoit un salaire et ne dépense quasiment rien. La déléguée précise ensuite qu’il manque 30 000 euros et leur demande s’ils savent où cet argent est passé.

Comment pourraient-ils le savoir ? Les comptes sont gérés par l’association, et non par Bernard, encore moins par Micheline et Robert. Ces derniers s’inquiètent de cet argent perdu et posent des questions, régulièrement. On finit par leur répondre qu’ils correspondent simplement à des frais. Depuis, étrangement, les foudres semblent s’abattre sur ces agriculteurs… Rapport de cause à effet ?

Eux qui râlent depuis que je les connais sur Bernard qui fait parfois, malgré leurs réprimandes, sa sieste dans la crasse de l’étable, les voici plus ou moins clairement accusés de maltraitance pour cela. Et maintenant, on leur reproche de ne pas faire de sorties culturelles avec Bernard. Comme me le dit Robert : « je n’ai jamais été au musée, moi ! ». Quant à Bernard, il veut absolument rester chez Micheline et Robert, même quand il sera en retraite. Sauf que la déléguée à la tutelle lui a déjà trouvé une autre famille d’accueil. Il ne veut pas y aller, elle lui répond que c’est obligatoire… Mais au fait, comment protège-t-on une personne vulnérable de son… protecteur ???

Quand t’as rien, t’as même plus de clopes…

Dans un autre village, près des Monédières, j’ai eu un autre voisin sous tutelle (eh oui, faut dire que des handicapés, en Corrèze, y en a beaucoup…)(pertinence de cette parenthèse??). Ce voisin donc, un homme qui s’appelait, disons Henri, vivait seul dans une petite maison du bourg, depuis la mort de sa maman. Il avait 60 ans. Pas d’ami, pas de famille, personne. Il regardait la télé, faisait un tour dans le village, toussait souvent, et fumait des clopes. C’était sa seule occupation. Son délégué à la tutelle, et son médecin trouvaient que c’était mauvais pour la santé. Du coup, le délégué a fortement diminué son « argent de poche », et lui a donné des bons pour acheter la nourriture et les produits d’hygiène au supermarché du coin. Henri, du coup, faisait les terrasses des bistrots, et des voisins, pour y piquer des mégots. Chouette. Il fumait toujours autant, mais c’était plus crade. Qu’à cela ne tienne ! Le délégué l’a placé à la maison de retraite. Oui, oui, à à peine plus de 60 ans, Henri s’est retrouvé avec les grabataires du coin, et l’interdiction de fumer dans sa chambre, sous peine de déclencher l’alarme incendie… C’était il y a 3 ans. Je l’ai croisé quelques mois plus tard, il était devenu maigre et bossu… Et sinon, qu’est-ce que ça peut leur fiche, à ces bien-pensants, qu’un type qui n’a rien dans la vie, choisisse de fumer, et même, pourquoi pas, d’en mourir ? Quand on n’est pas sous tutelle, rien ne nous en empêche…

******

Les rats quittent le navire…

Il était une fois un directeur d’établissement médico-social, non loin de Tulle, dépendant des PEP. Un type vraiment sympa, chaleureux, et semble-t-il, compétent. Il y a plus de six ans, quand je l’ai rencontré, dans un cadre professionnel, dans son établissement, avec des collègues et l’un des responsables de l’association qui l’emploie, ce fut un moment mémorable : un déjeuner extrêmement arrosé, comme je n’en ai jamais vu ailleurs dans le cadre du travail. Ah, ce directeur, tout le monde avait toujours un sourire en l’évoquant, « et qu’est-ce qu’il picole ! ». Il était sympa, et puis c’est vrai que dans le social, on est pas au courant que l’alcoolisme est une maladie. Du moins, elle en est une pour les personnes accompagnées, mais pas pour les professionnels. Il y a quelques mois, une plainte pour harcèlement a été déposée par deux salariées. Le directeur a été mis à pied. Je ne sais rien de la véracité ou non des accusations portées, la justice fait son boulot, et on l’espère, le fera bien. En revanche, tous les professionnels du social, qui se marraient tant avant, ont laissé tombé le sympathique gaillard, comme une merde, en quelque sorte. Et ses employeurs ? N’avaient-ils pas la responsabilité d’intervenir depuis de nombreuses années, tant pour le directeur, malade, que pour ses subordonnés ? Ça s’appelle la prévention des risques psychosociaux, et c’est une obligation légale…

Lapin Compris

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