
J’ai rencontré Stéphanie Coulange pour sa bière (voir article La Brasserie des Anges : une brasserie vraiment artisanale, p. X). Et il se trouve qu’elle est également conseillère municipale de sa commune, Madranges. C’était l’occasion de mesurer ce que c’est que d’être élue d’une petite commune rurale.
Stéphanie Coulange habite Madranges depuis plusieurs années. Madranges, c’est un petit village d’environ 180 habitants, au pied des Monédières.
En 2014, à un mois des élections, aucun candidat ne s’était manifesté. Aucun membre de l’équipe en place ne souhaitait renouveler son mandat. Du coup, trois personnes de la commune se sont mobilisées pour constituer une liste unique de 11 personnes, dans le seul but d’éviter à la commune de se retrouver sous la tutelle de l’État. Stéphanie Coulange faisait partie des personnes sollicitées. Elle connaissait quelques personnes de l’équipe, mais de manière générale, tout le monde ne se connaissait pas. La plupart d’entre eux n’avait jamais été élu de leur vie, et aucun ne l’avait jamais été à Madranges.
Avec près de 82 % de participation, il semble que la démarche ait en tous cas plu aux habitants de la commune.
Pour couronner le tout, à l’arrivée des onze nouveaux élus, la secrétaire de mairie est partie en retraite la semaine suivant les élections. Stéphanie le dit « ça a été un boulot énorme, mais super, de devoir tout reprendre à zéro ». Pendant les six premiers mois, il a fallu d’abord comprendre. C’est quoi, le budget d’une commune ? Où sont les dossiers ? L’une des élus a fait un gros travail pour expliquer aux autres comment fonctionne un budget, car cela lui est familier, heureusement !
Il y a trois adjoints autour du maire. Stéphanie Coulange, dans la municipalité, est juste conseillère. Elle a pris en charge la responsabilité du journal municipal, qui sort quatre fois par an. Mais il y a tellement à dire, que soit le rythme, soit le volume ne sera sans doute augmenté (le dernier journal comptait tout de même 16 pages). Elle est également en charge de la salle polyvalente. Cela signifie qu’elle s’occupe des réservations, des états des lieux d’entrée comme de sortie, mais aussi des travaux de remise en état ou aux normes nécessaires.
Le temps passé à la vie municipale est difficile à mesurer, mais c’est important. Elle passe au moins chaque semaine faire le point avec le maire ou les adjoints. Ensuite, le Conseil municipal se réunit chaque mois, et nécessite une réunion de préparation. À la belle saison, la gestion de la salle municipale est également très chronophage.
Ce que Stéphanie Coulange trouve compliqué dans sa vie d’élue, c’est le temps entre le moment où une idée est émise, et le moment de sa réalisation : cela demande de telles démarches administratives, budgétaires, qu’on gaspille son énergie.
Quand je lui demande si sa place dans le village a changé depuis qu’elle est élue, elle me répond que oui, on vient beaucoup plus facilement la voir quand il y a un problème : le chien du voisin aboie, etc… Elle a quand même le sentiment que la démarche de l’équipe municipale bénéficie d’une certaine bienveillance. Elle trouve sa fonction très intéressante, mais aussi très mal reconnue. Les gens ne se figurent pas le temps que ça prend, d’être élu local ! Il est également compliqué parfois d’être à la fois élue et habitante de la commune. Par exemple, quand il s’est agi de répertorier les routes à refaire en priorité, elle ne se sentait pas légitime à parler de la rue qu’elle habite, de crainte d’être taxée de favoritisme. De la même façon, nombre d’élus de la commune sont également impliqués dans les associations locales. Pour autant, Stéphanie Coulange ne le voit pas comme de potentiels conflits d’intérêt, mais simplement comme une réalité de l’engagement local : il est tout aussi difficile pour les associations, de trouver des bénévoles, que des pour les communes, de trouver des personnes prêtes à s’engager. Du coup, ce sont souvent les mêmes que l’on trouve ici et là.
En terme de projets pour la commune, l’équipe municipale se cantonne surtout à entretenir et assurer le minimum indispensable pour la commune : sécurité incendie, mise aux normes, routes en très mauvais état. L’équipe souhaite assainir les finances de la commune avant d’envisager de lancer de plus gros projets. Bien entendu, il faudrait favoriser l’installation de nouvelles familles, d’entreprises, et permettre à la commune de générer de nouveaux revenus. L’isolation des logements municipaux serait à revoir, de même que celle de la salle polyvalente comme de son mode de chauffage. Mais la municipalité n’en est pas là. Stéphanie Coulange espère que d’ici 2017, il sera possible de démarrer des projets plus importants.
Céline Perrin



