
« Coiffure Chasse pêche »
Je suis passée devant, la première fois, pour aller chercher des pizzas, à Brive.
Plein hiver, il fait nuit, pourtant il y a encore de la lumière. L’enseigne me paraît insignifiante, de ces magasins que l’on ne regarde pas. Puis l’anachronisme de la situation m’interpelle : un grand miroir devant lequel un homme se fait coiffer, et que j’observe au travers d’une vitrine de couteaux et de sabres japonais…
Le magasin fait l’angle de la rue. 3 ou 4 marches en pierres calcaires à gravir pour entrer et tomber immédiatement face à ce grand miroir devant lequel trônent 2 merveilleux fauteuils de coiffeurs en cuir. Un homme, plus jeune que moi, est en train de se faire couper les cheveux. À droite, la devanture où sabres et couteaux finissent par côtoyer les produits pour cheveux. Sur ma gauche une file de chaises, quelques journaux et 3 hommes qui attendent leur tour. Dans leur dos, la vitrine des fusils qui se prolonge sur le mur par les occasions (comme une brocante pour amateur d’armes). Dans le recoin, une petite armoire propose les articles de pêche, croulant sous les revolvers, les arbalètes, etc.
Ici on se fait coiffer au milieu des armes. On peut même repartir avec ses vers de terre pour la pêche.
Je dois bien avouer qu’il m’a fallu faire preuve d’un petit surcroît de courage pour oser passer la porte de cet univers particulier, si masculin, un univers qui n’est pas le mien. Pourtant on se sent rapidement à l’aise au milieu des rasoirs, tondeuses et autres munitions. L’accueil y est chaleureux.
Daniel est remplaçant : « La boutique ne ferme presque jamais ». Quand l’un veut prendre des vacances, l’autre le remplace. Ici, « l’un et l’autre » sont père et fils.
Trois générations de coiffeurs pour cette boutique fondée en 1949 par Marcel, le grand-père. Son fils, Daniel, prend la même voie, se forme au salon familial puis part travailler à droite à gauche. C’est d’une expérience à Eymoutiers (87) qu’il ramène « le concept ». Les articles de chasse et de pêche viennent prendre place dans le salon de coiffure briviste en 1973. À cette époque, « c’était le temps d’Antoine [le chanteur NDLR], les gens n’avaient pas besoin de tant se faire couper les cheveux. » Et la 2ème activité est venue soutenir l’économie familiale.
Un homme entre, accompagné de son fils d’une dizaine d’année. Le siège de cuir change de locataire qui se doit de revêtir la grande chemise qu’on lui tend…
Je ne suis pas la seule à avoir été attirée par ce commerce atypique, en plus des clients qui affluent en ce samedi après midi, les journalistes de TF1 sont venus faire un sujet pour le journal de 13h, et Brive Mag lui consacre une belle double page. C’est à Laurent, le petit fils, qu’il faudra que je demande l’autorisation de publier, à son retour de vacances.
Tiens ! D’ailleurs, j’ai un « scoop », le magasin a exceptionnellement été fermé samedi dernier : pour fêter les 65 ans de mariage de Marcel, le fondateur, qui a aujourd’hui 88 ans…
Coiffure chasse pèche
27 avenue Léon Blum
19100 Brive
05 55 23 19 87
Page Facebook : Coiffure chasse pêche
Violaine Brossard



