
Il était une fois une bande de gugusses qui voulait organiser une « sôterie » pour exprimer leur ras le bol d’habiter à côté des pommiers. À cette annonce, le loup sortit du bois, ou plutôt le paysan en colère de ses gonds. Il apparut tel un Arthur le fantôme de dessous ses filets anti-grêle et il cria très très fort après les gentils voisins qui voulaient juste organiser un marché bio et balancer quelques tracts…
Ben voyons ! Des gentils voisins… De dangereux activistes, oui ! Qui se cachent derrière leurs paniers en osier et leurs sandales en peau de lama, pour faire rien qu’à critiquer le brave paysan, qui du matin au soir, travaille la terre nourricière pour que tout le monde ait à bouffer ? Le pauvre paysan, il travaille tellement bien depuis très très longtemps qu’il a réussi, à la sueur de son front à améliorer sa production au point que maintenant ses pommes, elles ont toutes la même taille et toutes la même couleur comme ça, pas de jaloux… Quant au goût, comme il y en avait avant qui aimaient le sucré, d’autres c’était le acide, d’autres le juteux, enfin bref, c’était le vrai bordel, alors le pauvre paysan il a décidé que ses pommes elles auraient plus de goût du tout, comme ça pas de chamailleries. Alors forcément, pour réaliser cette prouesse technique, il lui en fallu des astuces et de l’aide, d’autant plus qu’y avait un tas de champignons, d’insectes, de perturbations climatiques qui faisaient rien qu’à le faire chier (un peu comme les voisins), alors il a dû s’en débarrasser. Pas de gaieté de cœur, non, parce que le pauvre paysan c’est un défenseur de la nature, d’ailleurs le dimanche il y va dans la nature avec son chien, pour la défendre la nature. Et comme le pauvre paysan, il travaille toute la journée, vu qu’il a acheté pleins de machines et de trucs nouveaux avec l’argent que la banque – qui est son amie personnelle – lui a gentiment prêté, et qu’il faut bien lui rendre, il a pas le temps de lire des livres au d’aller faire le zazou sur Facebook à polémiquer sur tout et n’importe quoi, et donc à force de pas lire et de rencontrer personne, le pauvre paysan, et c’est là où je voulais en venir en le qualifiant de pauvre, et bien, il arrive plus bien à réfléchir et ça l’énerve. Alors comme ils sont un certain nombre dans le même cas, ils se regroupent pour s’énerver ensemble et là, comme par miracle (ou peut-être grâce aux effets secondaires des produits) ils ont une idée brillante et lumineuse : Le voisin, ils vont lui péter sa gueule à coup de piquets de clôture !
Alors que pendant ce temps là, le voisin, qu’est-ce qu’il fait ? Il est fermé chez lui ; forcément il peut pas ouvrir la fenêtre à cause des produits du pauvre paysan pour tuer les bêtes qu’arrêtent pas de le faire chier et qui font des pommes moches, alors le voisin, chez lui, il regarde Internet, et qu’est-ce qu’il lit sur Internet : Que les produits du pauvre paysan sont toxiques ! Remarquez le voisin il est pas très intelligent non plus, parce que fallait bien s’en douter que les produits ils étaient pas bons pour la santé, puisqu’ils étaient faits pour tuer, mais bon. Donc le voisin, il se met à penser à ses gosses, à l’avenir de la planète, à la société, enfin à tous ces trucs chiants que tu réfléchis dessus quand tu lis trop de livres. Alors il monte une association : l’association de défense des voisins qui habitent à côté des pommiers.
Pendant ce temps là le pauvre paysan, il monte un syndicat : le syndicat des paysans qui vont te mettre sur la gueule à coup de piquets de clôture.
Alors l’affaire fait grand bruit au point que la télé qui d’habitude s’occupe de choses très importantes comme dire du mal du Parti de la fille du vieux qui dit des conneries, ou de la température anale du Président, et bien, la télé elle est venue et elle a dit à tout le monde que le pauvre paysan, il habitait dans le triangle de la mort. Et puis après la télé elle s’est barrée, elle est rentrée Rue Cognac Jay à vous les studios. Elle a même pas eu le temps de prendre un coup de piquet de clôture en signe de bienvenue. Le gentil voisin, par contre, il se demande quand ça va lui tomber sur la gueule. Alors ce lâche, comme il a les jetons, il fait quoi ? Il cafte. Il va tout dénoncer à la maîtresse, alors la maîtresse elle arrive (c’est le sous-préfet en fait). Alors le sous-préfet il dit : ça suffit comme ça, vous arrêtez de vous chamailler ou sinon j’envoie les forces de l’ordre. Alors le voisin il dit au sous-préfet : mais lui il respecte pas la loi. Et le sous-préfet il dit : Si il respecte pas la loi, il sera puni. Voilà ! Alors le gentil voisin il dit bravo. Et le sous-préfet il rajoute : mais faut qu’on ait une preuve ! Alors le pauvre paysan, il dit t’as qu’à venir les chercher les preuves ! Et le gentil voisin il dit : Roohh ! On parle pas comme ça à la maîtresse, on a pas le droit !! Alors le sous-préfet qui justement attendait sa mutation pour la Lozère qui venait de passer à gauche avec deux ans de retard sur le reste du pays, il dit : vous me faites tous chier, vous rentrez chez vous je veux plus entendre parler de vous !!
C’est ce qu’ils firent illico. Ils reprirent leurs activités et on n’entendit plus jamais parler d’eux. Ni des autres voisins d’ailleurs, ni des espèces animales qui vivaient dans le secteur, ni des arbres, ni de l’eau. Rien. Le noir.
jean-marc vareille




