
Alors que je m’apprêtais à enfin m’abstenir, un sursaut d’espoir m’a rattrapée. J’ai eu l’étrange idée de me présenter aux élections départementales, sur le canton d’Uzerche.
Faire le pas.
Comme beaucoup d’entre nous, je déplore l’état de notre démocratie dite représentative. Au niveau national, nos représentants ne nous connaissent plus. Au niveau local, ils semblent plus se préoccuper de leur carrière politique que de leur mandat. La plupart de nos conseillers généraux avaient déjà un mandat local, et parmi les candidats c’est aussi le cas.
Me souvenant que la démocratie c’est le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple, je souhaitais montrer que si, moi, simple citoyenne, je pouvais me présenter, pourquoi pas d’autres. On peut râler mais si personne d’autre ne se présente, on élira toujours les mêmes.
De la préparation…
Une fois la candidature déposée, il faut comprendre le protocole (comment ça marche légalement). Et on s’aperçoit que les cours d’instruction civique à l’école ont été très légers (voir encadré).
Sur le fond, il faut avoir quelque chose à dire et à proposer, mettre ça en forme et le diffuser.
Notre décision tardive de se porter candidats a raccourci le délai pour formuler un programme, d’autant que les attributions du département, s’il ne disparaît pas, ne sont pas encore bien définies, à l’époque. On rédige tracts, affiches, profession de foi. On choisi les thèmes, lieux et dates de réunions publiques, il faut réserver les salles et annoncer les rencontres.Cela nous vaut un emploi du temps très dense en soirée, pour se réunir, binôme et remplaçants. Car nous avons tous un travail, des enfants ou des parents et pas de chargé de com’, ni de directive venue d’en haut.
…à la campagne
Affiches et tracts sont distribués dans les boites aux lettres et parfois de la main à la main, quand, ô miracle, on croise quelqu’un dans la rue. C’est quelque chose qui m’a interpellée dans cette campagne, la difficulté à croiser des gens dans la rue, à aller à la rencontre. Tout le monde est en voiture et beaucoup de centres-bourgs sont morts. Sur le canton d’Uzerche, les marchés ne sont pas folichons. En fait, il faudrait faire campagne au supermarché !
Je crois que je n’avais pas réalisé à quel point les villages sont devenus des cités dortoirs, à quel point l’espace public, espace de rencontre et d’interaction sociale avait disparu. On doit alors faire du porte à porte, pénétrer l’espace privé, lieu d’expression de l’intérêt particulier, en opposition à l’espace public, lieu d’expression de l’intérêt collectif, et parfois de l’intérêt général.
Les temps d’échanges collectifs ont donc lieu lors des « réunions publiques ». Nous avons fait le choix de rencontres thématiques pour aborder les thèmes et valeurs que nous portons : agriculture locale et durable, économie solidaire, services publics, démocratie locale. Cette forme en a surpris certains, mais elle a permis l’échange, le débat, la découverte. Et on envisage de poursuivre même après la campagne.
Ce que j’en retiens finalement, c’est qu’il n’est pas si simple d’être candidat, tant sur la procédure qu’humainement. Entre la théorie (oui, on vit dans une république) et la pratique de la citoyenneté, il manque une phase de formation ou d’éducation politique, citoyenne ou populaire. Que ce soit à l’école ou tout au long de la vie.
Quel citoyen lambda a idée du fonctionnement d’une campagne électorale?
En tout cas, pas moi. On télécharge sur le site de la préfecture un Memento du candidat. Et on s’y plonge. L’étape du dépôt de candidature est assez simple, mais c’est quand on commence à aborder les comptes de campagne que ça se complique car il faut distinguer les frais de campagne et les frais de propagande ; distinguer le plafond des dépenses du plafond des remboursements. Le tout étant lié à la question du remboursement des frais de campagne, si on fait 5% des suffrages exprimés.
Les frais de propagande, ce sont les bulletins de vote, les circulaires, alias profession de foi, les affiches pour les panneaux officiels. Ils sont en nombre limité en fonction du nombre de panneaux et d’électeurs, avec des caractéristiques de dimension et qualité précises. Ces frais, principalement de l’impression, peuvent être réglés directement par la préfecture à l’imprimeur, après la campagne. On n’a pas besoin de faire l’avance.
Toutes les autres dépenses relèvent des frais de campagne, doivent être clairement justifiés, et bien sûr payés avant un éventuel remboursement.
C’est un mandataire financier qui ouvre un compte en notre nom et le gère. Nous, on se charge de l’approvisionner, soit avec nos propres deniers, soit avec des prêts (faits principalement par les partis politiques), ou des dons (peu recommandés apparemment mais j’ai pas trop compris pourquoi).
Pour dire qu’un citoyen, sans économies et sans soutien de partis politiques devra faire un prêt à la banque pour financer sa campagne. Et les banques miseront sur qui d’après vous ? Dans ce domaine aussi, on peut questionner la belle idée d’égalité des chances.
julie devès




