
Résistant, tellement souple… Connu aussi sous les noms de : quinquina d’Europe, fraine, fresne, frêne élevé, frêne commun, langue d’oiseau.
Historique
Le dieu de la mer Poséïdon avait pour arbre totem le frêne, nous raconte la mythologie grecque ; elle nous apprend aussi que le javelot d’Achille était fait du même bois. Arbre fondateur chez les Scandinaves, il prend racine dans la Sagesse. Pour les Slaves, il repousse les serpents. Le frêne est vif, impulsif et exigeant selon l’astrologie celtique. En Bretagne le frêne est utilisé pour faire des bâtons de marche : est-ce parce que la baguette des druides était de la même essence ? Au Moyen Âge, près des forteresses, on trouvait des frênaies, de cette façon la matière première pour hampes de lances, javelots, etc., était à portée des artisans.
Le bois du frêne est utilisé par les menuisiers, les ébénistes ; autrefois les paysans fabriquaient les manches d’outils avec du frêne car il est souple, il durcit en séchant, il est facile à polir et n’est pas rêche au toucher. Et tout ceci depuis très longtemps : des fouilles ont mis à jour des outils néolithiques avec des manches de frêne. Au siècle dernier, manches de bêches, barreaux d’échelle, gouvernails, rames, raquettes de tennis ou autres skis étaient, avant l’avènement des matériaux composites, encore fabriqués avec du frêne. Les tanneurs l’utilisaient pour la conservation des peaux. La laine aux tons verts était teinte avec l’écorce des jeunes rameaux. Dans certaines vallées d’Europe les feuilles de frêne servent encore de fourrage sec pour le bétail en hiver. En menuiserie le frêne est utilisé pour les meubles de cuisine, salle de bain, les rampes mais aussi les parquets. Qui ne connaît pas le dicton météorologique : « Si le chêne est vert avant le frêne, le temps sera sec jusqu’à l’automne, mais attention si le frêne est vert avant le chêne tout l’été sera arrosé ! ».
Détermination
Bel arbre à racine pivotante pouvant atteindre 25 à 30 mètres. Ses branches sont souples, gris-vert, portant des bourgeons noirs qui produisent, au début du printemps, de toutes petites fleurs : d’abord les mâles d’un brun rougeâtre et ensuite les femelles d’un jaune verdâtre ; elles sont groupées en faisceaux. C’est après la floraison que se forment les feuilles composées de folioles très dentées d’un vert foncé mais lumineux. Les fruits sont allongés, arrondis à la base, groupés en grappes pendantes. L’écorce est, pour un jeune arbre, grise et lisse, mais en vieillissant elle se fissure dans le sens de la hauteur ; un arbre de 30 ans, et plus, a l’écorce crevassée d’un gris tirant sur le noir. Les frênes poussent sur les berges des ruisseaux, sur les pentes humides, mais les pentes caillouteuses et ensoleillées ne les rebutent pas. On trouve le frêne jusqu’à 1 500 mètres d’altitude. Pas de confusion possible, mais comme toujours, l’observation et la prudence sont de rigueur.
Culture et récolte
Pour sa propagation le frêne se sème à l’automne et se repique en place au printemps. L’écorce se récolte au printemps sur de jeunes rameaux secs, les feuilles de juin à juillet, quant aux fruits, ils sont cueillis encore verts et souples de juillet à août. Le tout sera mis à sécher sur des claies dans un endroit sec et ventilé.
Utilisations
Médicinale. Comme pour toutes les plantes, le principe de précaution doit s’appliquer aux femmes enceintes et aux nourrissons. Les feuilles du frêne contiennent des tanins, des coumarines, et des flavonoïdes. Le frêne est diurétique. C’est aussi un puissant dépuratif, un laxatif doux, un anti-inflammatoire, un fortifiant. Son surnom de quinquina d’Europe vient du fait que c’est un excellent fébrifuge.
Utilisation interne. Décoction d’écorce : faire bouillir 1 litre d’eau contenant 60 g d’écorce sèche et concassée durant 10 mn. Filtrer, prendre 4 tasses par jour pour faire tomber la fièvre. Comme tonique on prendra une tasse de cette même préparation avant les repas. Infusion de feuilles : amener à ébullition 1 litre d’eau, y jeter 30 g de feuilles séchées, laisser infuser 10 mn, en prendre 3 tasses par jour comme laxatif.
Utilisation externe. Décoction de feuilles en compresses : dans 1 litre d’eau faire bouillir pendant ¼ d’heure 60 g de feuilles comme anti-inflammatoire contre les rhumatismes ou la goutte.
Alimentaire. Les fruits verts peuvent être consommés avec du vinaigre comme les câpres ou les cornichons. La feuille fraîche du frêne, additionnée de levure, produit, après fermentation, une boisson rafraîchissante et antirhumatismale : la frênette. Faire bouillir 20 g de feuilles de frêne fraîches avec 10 g de zeste d’orange « bio » dans 2,5 litres d’eau durant 30 mn. Filtrer dans un linge. Ajouter au liquide obtenu 250 g de sucre roux, le jus d’un demi-citron, 1 cuillerée à café bombée de levure de boulanger sèche délayée dans un peu d’eau tiède. Rajouter au tout 2,5 litres d’eau. Laisser fermenter dans un récipient recouvert d’un linge propre à température ambiante de 5 à 10 jours. Quand la fermentation est terminée, mettre en bouteilles « limonade », au frais. Se boit pour le plaisir ou comme tonique.
Cosmétologie. L’infusion de feuilles de frêne séchées, associées à la même quantité de feuilles de cassis séchées, donne un excellent résultat contre la cellulite : faire infuser dans 1 litre d’eau bouillante 20 g de feuilles de frêne et la même quantité de feuilles de cassis durant 15 mn. En prendre une tasse à jeun et deux autres dans la journée en dehors des repas. L’infusion de feuilles de frêne est aussi efficace comme fortifiant pour la beauté du cheveu, à utiliser comme dernier rinçage.
Au jardin. Les frênes, excellentes plantes mellifères, forment de très belles haies. Ils sont aussi utilisés pour fixer les pentes. Le frêne est un excellent fourrage sec pour les animaux.
L’arbre premier de tant d’arbres divers,
L’arbre immortel au renom de mes vers,
L’arbre aux serpents toujours odieux maître ;
Le coudre rompt, mais tu te fais connaître
Propre à la guerre et jamais de travers
De toi tortu les monts ne sont couverts,
Ains haut et droit toujours as voulu naître ;
Je fais mes dards, pour tous mes arcs, de toi,
Les forestiers en font de même moi,
Et Panarèthe en fait les siens encore :
Phébus aussi en patronne ses traits,
Sa chaste sœur son carquois en décore,
Ainsi au bois as tous noms satisfaits.Vauquelin de la Fresnaye (1536-1607)
Bibliographie : Secrets des plantes, Michel Pierre et Michel Lis / Plantes médicinales, Jan Volak et Jiri Stoda / Petit Larousse des plantes qui guérissent / Reconnaître facilement les plantes, François Couplan / Encyclopédie des plantes sauvages, François Couplan / Dégustez les plantes sauvages, François Couplan.
Pierrette DH.





