
Il y aurait en France plus de 8 000 « mineurs isolés étrangers ». À Paris, plusieurs centaines d’entre eux vivent sans papiers, sans toit, sans ressources. Touchés par leur situation, des Corréziens ont accueilli chez eux des lycéens SDF le temps des vacances, et sûrement plus.
Derrière le terme générique « mineurs isolés étrangers » se cachent des réalités douloureuses : de jeunes étrangers réfugiés seuls en France, parfois au péril de leur vie, pour fuir une guerre, une misère, l’abandon. Hébergés en foyer d’accueil pour mineurs, ils sont scolarisés grâce aux lois internationales et françaises1. Mais derrière le mot « mineur » se cache encore une autre réalité, celle du passage à la majorité, déclarée ou détectée par des tests osseux. Du jour au lendemain, des étudiants majeurs sont propulsés hors des foyers d’accueil de mineurs.
Octobre 2014. France 4, dans son « Autre JT », diffuse un reportage sur de jeunes majeurs étrangers scolarisés à Paris en lycées professionnels, sans papiers pour la plupart, sans domicile, presque livrés à eux-mêmes. Presque, parce qu’en France l’élan du cœur et la solidarité fonctionnent encore. À la Fédération Indépendante et Démocratique Lycéenne (FIDL) par exemple, où ce syndicat lycéen a refusé d’accepter cette détresse. Ils ont bouleversé leurs habitudes pour accueillir ces jeunes, poussé leurs meubles, installé des matelas, acheté des vivres pendant tout l’été. À 500 km de là, vers Beaulieu-sur-Dordogne, Corinne Lohner est touchée par ce reportage. Elle contacte la FIDL avec une idée en tête : accueillir à son tour ces lycéens. Et « tout va très vite, très simplement ».
Début décembre : elle monte à Paris pour rencontrer des jeunes que la FIDL a repérés. Photos de Beaulieu et du projet Kacalou2 en mains, elle leur propose de venir partager les vacances de fin d’année dans des familles bellocoises. Emballés, ils acceptent : ils ont envie de « voir des gens, de voyager, de voir la France ». À Beaulieu, les familles d’accueil se manifestent, d’autres mettent la main à la poche.
22 décembre, minuit, gare de Brive : c’est une fanfare joyeuse qui attend les jeunes sur le quai ! Ils sont six jeunes, ils sont quatre foyers. La rencontre opère et une fois dans l’intimité des foyers, Corinne nous confie que la confiance donne naissance à « des partages forts sur leurs histoires de vie douloureuses, des discussions intenses sur ce qui se passe dans le monde, dans leurs pays ou ailleurs, des instants chaleureux, joyeux et d’une profonde humanité. Ces jeunes proclament dans leur présence, leur attitude et leurs mots un désir profond de paix. Ils nous ont fait du bien. »
Leurs histoires sont singulières. Certains ont fui le terrorisme de Boko Haram au Nigéria ou au Sénégal. Quelques-uns réussissent à en parler, mais parfois la douleur et la fragilité sont trop fortes. D’autres jeunes ont eux été contraints par leur famille, plongée dans une immense détresse, à partir ailleurs gagner de l’argent.
Mais la joie reprend toujours le dessus à Beaulieu : les jeunes font la cuisine, visitent le château de Castelnau, la grotte de Lacave. Le Secours Populaire ouvre ses portes et leur offre les vêtements qui leur plaisent et dont ils ont besoin. L’Auberge de jeunesse prête également ses locaux pour deux soirées festives.
29 décembre, fin de cette première aventure : les lycéens repartent vers Paris, le cœur réchauffé, des souvenirs plein la tête et la sensation d’avoir créé un lien durable. Car les Bellocois n’en restent pas là. Chaque semaine ils prennent des nouvelles, par téléphone, par Facebook. Ils œuvrent également pour que des choses se passent à Paris. Ils contactent professeurs et assistantes sociales pour appuyer ceux qui ne se sentent pas dans la bonne orientation scolaire. De ce côté-là aussi le cœur est présent, une prof confie : « je suis dure parfois avec eux, mais c’est nécessaire, je veux les amener haut ». Des associations parisiennes ont réussi à faire ouvrir des gymnases pour qu’ils aient un toit.
Et du côté de Beaulieu, rendez-vous est pris pour les prochaines vacances !
Pour accueillir des lycéens aux prochaines vacances ou soutenir financièrement l’action d’accueil, contactez Corinne Lohner au 06 37 57 37 01.
- 1 Voir le dossier complet sur le site d’InfoMie.net : Dossiers thématiques > Accès à l’éducation et à la santé > Accès à la scolarisation.
- 2 « Kacalou, maison conviviale » : www.kacalou.org
Par Delphine Laval





