Probablement un doux rêve d’espérer un avenir singulier pour notre pays. Singulier au sens de : relié aux réalités de celui-ci et issu de ses spécificités.
Pourquoi y a-t-il si peu de créativité dans les actes de nos élus ? La gestion a-t-elle à ce point pris le pas sur le regard porté, sur la vision ?
Quelle déception de sentir le vide politique envahir notre quotidien. Un vide qui pourtant légitimerait l’audace, l’expérimentation. Une tentative au moins !
Partout les mêmes projets de zone d’activités, d’aménagements de bourg, les mêmes magasins franchisés. Partout de franches hésitations à laisser la main aux initiatives issues du terrain, de l’acuité des habitants.
Notre Corrèze, les espaces et les acteurs qui la composent, regorgent de spécificités. Pourtant les singularités ne sont pas visibles dans les entreprises portées ou soutenues par nos élus.
Nous en sommes à un point où il est légitime de se questionner sur l’usage que nos élus font du pouvoir. Pire, de se demander s’ils en ont encore ? Ou encore de s’interroger sur la cause d’un tel manque d’imagination. Nos élus sont-ils à ce point inféodés aux appareils politiques et au bon vouloir des investisseurs qu’ils n’aient plus de marge pour agir ?
Mais que voit-on au milieu de l’homogénéisation, des contingences et de la paralysie ? Des îlots d’initiatives redoutablement efficaces, porteuses d’expérimentation et d’espoir.
En Corrèze, nous identifions quelques communes où des élus n’hésitent pas à mettre en jeu leur mandat, à risquer l’essai infructueux pour voir si faire autre chose, autrement, est jouable. Faux-la-Montagne, Chanteix et Ayen sont des communes qui font un pas de côté et tentent de s’appuyer sur la vitalité de leurs habitants, sur les utopistes fougueux qui mettent toute leur énergie dans la bataille du bien commun et de l’intérêt collectif. Nombre d’autres conseils municipaux et communautaires ménagent chèvres, choux, bergers et pâturages pour rien et pour personne.
J’ai interpellé des élus locaux, à propos de l’audace politique, je me suis entendu rétorquer : « Pascal, soyez raisonnable, nous avons nos contingences ». Par contingences ils entendent sûrement obligations, engagements pris, gestions et contraintes. Un mot fourre-tout pour nous convaincre qu’ils font de leur mieux et tout leur possible.
La fonction d’élu et son exercice, sont complexes. Nous tenterons dans les prochains articles de ce feuilleton de comprendre ce qui se joue. Nous visiterons des initiatives positives, des projets idiots et irrationnels, nous rencontrerons des élus, essaierons de comprendre quel est le rapport entre la Chine et Saint-Martin-la-Méanne, quelles sont leurs fameuses contingences et enfin pourquoi certains essaient et d’autres pas. Nous sortirons de la Corrèze pour visiter les coopératives intégrales, les villes en transition, les villages coopératifs et qui sait, peut-être aurons-nous le choix entre espoir et désappointement !
Enfin, je me souviens d’un échange que j’espérais constructif avec le maire de Tulle. Un échange où ce dernier désigna nombre d’acteurs locaux à la vitalité toute tournée vers le pays de demain, par le terme lapidaire de « gauchistes à deux balles ». C’est à ce moment qu’est né le désir de faire ce journal, et d’y rédiger ce feuilleton.
Dans le dictionnaire des synonymes, contingences trouve en miroir : « éventualité et incertitude ».
Pascal Brette





