Petite anecdote croustillante vécue dans un collège en Corrèze, racontée par la personne concernée, une jeune fille en classe de 3e. Nous allons l’appeler : N. En cours d’anglais, un jeune garçon se vante de faire la bagarre avec son père et de gagner tout le temps. Appelons ce jeune : V. Se trouvant à proximité, N. entend tout, réagit, et se voit rétorquer :
« Wow les filles elles sont plus faibles et elles ne savent pas se battre. »
« Ok, moi je fais de la boxe dans un club, viens aux entraînements et on verra ensemble ! »
V. refuse et l’invite plutôt à le retrouver à la sortie du collège, un « classique » millénaire des embrouilles collégiennes…
« Non merci, j’ai autre chose à faire », rétorque N.
Au premier abord la jeune fille est de taille et corpulence moyennes mais c’est un paquet de nerfs, elle a un esprit affûté et n’a pas sa langue dans sa poche. N. raconte :
« J’ai pensé l’inviter à aller s’expliquer à la vie scolaire (service dirigé par la CPE qui s’occupe de la vie, des doléances des élèves et gère les surveillants) de l’établissement et, en sortant du cours, en passant devant le bureau, je le chope par le col, je le fais entrer et je lui dis d’attendre, on va voir la CPE (conseillère principale d’éducation), sale misogyne. »
Malheureusement, elle n’est pas là, la surveillante présente conseille à N. d’aller voir la principale, qui lui dit de ne pas s’inquiéter (sauf que N. n’a jamais dit qu’elle s’inquiétait !), elle doit voir également V. pour autre chose. Un joli chassé-croisé a lieu entre la directrice, la CPE et la professeure principale qui aborde le sujet en classe pendant le moment de vie scolaire… alors que la jeune fille est absente !
Pour finir, la CPE convoque les deux élèves ensemble, fait une leçon de morale au jeune garçon et lui demande de s’excuser, en les laissant seuls tous les deux. Il obtempère du bout des lèvres et… il précise :
« La directrice a dit que tu étais terrifiée, t’as pas à t’inquiéter, je ne t’aurais pas frappée… »
Et la CPE en rajoute une louche, en la rassurant :
« Oui oui c’est normal d’avoir peur. »
N. est choquée, et en arrive au final à se demander franchement si elle n’aurait pas dû le « tarter ». Pour que le débat soit plus clair !
« Ah mais je n’ai JAMAIS eu peur, à aucun moment ! »
Ou : comment les personnes légitimes ayant autorité ne maîtrisent pas elles-mêmes les clés, les concepts, les stratégies et les mots tout simples pour démêler et régler pacifiquement ce type d’affaires lié au genre. On appelle ça la nécessaire déconstruction. Ah, au fait, ce collège est labellisé Égalité filles-garçons.