
Dix ans, j’ai volé au charme une partie de sa ramure la plus basse, pour habiller ma cabane secrète. Je monte quelquefois le long du tronc, dont les branches me font la courte échelle. Je ne grimpe jamais au sommet, j’irai plus tard.
Combien de fois ce bel arbre fait-il ma hauteur ? Dix fois ? Vingt fois ? Peu m’importe. Il est là depuis toujours. Il est indestructible. Il est mon ami, dans un univers immuable. Celui de l’enfance, celui du bois, à cent mètres de ma porte.
……
J’ai beaucoup grandi. Mes cabanes sont plus grandes, plus solides et, proches, me dis-je, de celles des chasseurs-cueilleurs. Je peux désormais, m’allonger sur le toit bien latté. Je grimpe à présent au sommet du bel arbre et je sais qu’il fait plus de huit fois ma taille d’adolescent.
Je sais qu’il représente l’éternité car il a survécu à mes aïeux, survivra à mes parents et me survivra. Je le respecte comme un grand Ancien et me dis souvent de cesser le pillage de ses branches.
Je l’entends !
15 – LA TROUSSE CORRÉZIENNE N° 51
DANIEL SOULARUE





