
Alors que cette nouvelle rubrique trotte dans ma tête, au moment d’écrire sur la langue française, j’ai légèrement honte. Déjà parce que j’ai un peu regardé les Jeux olympiques, et surtout parce que je ne suis pas vraiment fière d’être française quand j’entends les gens à Paris huer des athlètes. Désolée d’être associée malgré moi à cette image de public antijeu. Donc, la langue française. Rien à voir penserezvous, et pourtant je fais le scabreux parallèle ! Une langue si belle, comme notre pays, où survivent des beaux paysages et des beaux humains 1 , si riche(s) de mots et pourtant pollué(e·s) de tant de maux. Si peu accueillante et si difficile d’accès. Jusque récemment, je faisais partie de ces gens, parfois quelque peu hautains qui, au prétexte qu’ils lisent et écrivent, croient maîtriser l’orthographe et la grammaire. Prenant plaisir à participer à la correction de La Trousse, mais consciente de mes lacunes, j’ai décidé de me former. La bonne blague ! J’ai progressé, forcément, je suis une élève appliquée et la formation 2 était de qualité mais… qui peut maîtriser parfaitement le
20 – LA TROUSSE CORRÉZIENNE N° 52
français ? Il y a beaucoup trop de subtilités ! Tu m’étonnes que rares sont ceux qui écrivent (et parlent) sans la moindre faute ! Cela me rend triste d’imaginer que nombreux sont ceux qui se privent de ce plaisir d’écrire parce que trop inaccessible. J’ai pris une claque d’humilité, les correcteurs sont des humains… De nombreux questionnements et bouleversements sont venus me percuter. D’où l’idée de cette rubrique. Pourquoi la langue française est-elle si compliquée, réservée à une élite ? Pour mieux pouvoir manipuler le peuple ? Pourquoi les femmes y tiennent-elles si peu de place ? Reflet de la société ? Le masculin l’emporte. Ça va, ça va, on sait. Obligées de créer une nouvelle façon d’écrire, inclusive, pour se faire voir, entendre. Au début je trouvais cette écriture inclusive juste désagréable à lire (alors à écrire et à corriger, laisse tomber !), mais finalement on s’y habitue, et j’ai compris aujourd’hui à quel point cette écriture est militante, donc importante. Et comme tout doit aller plus vite, le numérique a complétement modifié la manière de
« Les énergies fossiles conditionnent nos systèmes économiques et politiques. Et elles servent depuis toujours les intérêts d’une minorité. » 1
L’assistance qu’offrent les énergies fossiles à notre système, et donc à nos dominants, n’a d’égale que l’amour qu’ils lui portent : le lien « naturel » entre le masculin et le pétrole nous est assené en permanence et ce depuis longtemps, que ce soit dans les films, de Taxi driver à Fast and Furious 1, 2, 3, jusqu’à 10, ou dans les rayons de jouets où les petits garçons ont le choix entre voiture, camion ou hélicoptère. L’apothéose étant les modes de représentation du triptyque : complexe militaroindustriel sous toutes ses formes (police, armée et affilié, type pompier), le masculin (homme, muscles, transpiration…) et le pétrole (camion, tank, moto…). Il y a des gens qui sont payés pour mettre en images ce mondelà, pour mettre en lien ces éléments.
Les choix énergétiques ne dépendent pas seulement d’une recherche d’efficience, d’un besoin ou d’une contrainte écologique, ce sont bien des choix politiques qui structurent notre vision du monde, ils doivent être pensés comme tels. Par exemple, il existe des mouvements « qui appellent à une réduction des budgets militaires pour les réinvestir dans l’éducation et la santé. Ces mesures ne sont jamais pensées comme des politiques énergétiques parce qu’elles ne traitent pas directement et explicitement de carburant. Pourtant, elles permettraient d’instaurer des modes de vie plus sobres là où aujourd’hui une grande partie de notre énergie sert à satisfaire une consommation de masse et des profits inégalitaires. Seulement, cela signifie de penser l’énergie au-delà d’un simple carburant. » 2
Le pétrole est un outil de domination, qui est lié à l’avènement du patriarcat occidental. Trouver des alliés, connecter les luttes, qu’elles soient féministes, antiracistes, écologistes… nous fortifie. Déconstruire les prés carrés, réfléchir de manière systémique jusqu’à ce qu’émancipation s’ensuive. Les langues évoluent, elles sont vivantes, semons de nouvelles manières de dire et de penser : pétromasculinité.
wildproject.org/livres/petromasculinite 1 usbeketrica.com/fr/article/petromasculinite-installer-des-femmes-et-des2 panneaux-solaires-ne-suffit-pas
communiquer, loin sont la plume et le parchemin, la langue s’est vue raccourcie, maltraitée. Que dire des jeunes qui ignorent la plupart des règles ? En future vieille aigrie, je trouvais ça relou, mais après tout, une langue est vivante, du momen kon se compren ? Et même si je crois qu’il y a danger à ne pas connaître les outils de ceux qui nous dirigent, je suis plus cool, je sais que l’apprentissage est à revoir et je comprends que ces jeunes puissent se désintéresser du français puisqu’on leur propose de grandir dans un monde qui n’a pas un bel avenir. Il y a sûrement pour eux d’autres priorités. Voilà, à raison d’un article tous les trois mois, principe de la rubrique qui revient telle une rengaine, on est booké pour l’année à venir ! J’ignore encore ce que je vais vous raconter, mais je vais chercher des réponses à mes questions !
Voir le portrait en dernière page pour retrouver le 1 sourire et un peu d’espoir. À l’EFLC, École Française de Lecteur-Correcteur. 2
CIRCÉ PIEDECOCQ





