
Ce texte est dédicacé à toutes mes sœurs, toutes les femmes. Mes mots sont durs mais c’est un message d’espoir. Sororité, quel joli mot. J’aimais déjà le concept de f raternité. Mais encore des termes qui s’opposent. Ne pourrions-nous pas simplement s’aimer les uns les autres ? Entre humains, mais pas seulement, aimer tous les êtres vivants, quels qu’ils soient ? Je sais, elle est un peu désuète ma proposition. Ne cessons jamais d’y croire. Ce rap est né d’une colère, je ne me savais pas capable d’écrire un tel truc, comme quoi. Et maintenant je me mets à tripper, imaginer le rapper ce texte, pour de vrai, sur de la musique… Mais ce n’est pas mon domaine, alors si quelqu’un se sent inspiré pour envoyer du gros son… à vos instruments !
Ma sœur j’t’aime et j’comprends ta haine, ta douleur, ta rage… et ton impuissance.
Ici le mâle est maître et s’accorde tous les droits. Les femmes sont là pour la bouffe, le ménage, la baise, les gosses… Ben quoi ? Elles sont faites pour ça ? Et non, gars, notre corps nous appartient et tant que t’y es pas invité, garde-les dans ton froc, ta queue, tes mains. Je sais, dans notre société, c’est juste normal, nous sommes priées d’accepter l’inacceptable et supporter l’intolérable.
N’attends rien de la justice, elle ne te soignera pas mieux que la psy qui a été la première réponse à ton silence, à ta souffrance. Ouais t’as vrillé, tu m’étonnes, p’tite minette, tu n’rêvais sûrement pas de t’faire violer et dépuceler dans des toilettes. Aujourd’hui, en témoignant 15 ans après, maintenant que t’as compris à quel point ce moment avait niqué la suite de ta vie, tu montres une force incroyable. Et pourtant, ta parole de gamine face à la sienne, sans témoin, sans preuve, c’est triste à dire, mais elle n’vaut rien. Moi j’n’y crois pas, y aura pas réparation, comment tu veux qu’on te répare ? Tu vois le nombre d’histoires d’agressions et de viols qu’il y a au quotidien, combien sont-ils à payer ? Pfff, tellement peu, ils sont plus à être bien satisfaits de pouvoir nous exploiter. Victimes quelque part eux aussi puisqu’on leur enseigne que les femmes ont besoin qu’on les malmène. Et là ma chérie, tu crois quoi ? Le type, peinard, ça s’trouve il ne s’est même pas aperçu qu’il t’avait blessée, il se rappelle même plus de toi, à l’époque déjà t’existais pas. Il a fait la p’tite vie qu’on attend de lui, bien rangée, son job, sa femme, ses gosses, pour la justice, c’est un gars clean. Face à toi qui tentes de ne pas couler et qu’on a bien gavée de cachetons, ah ça on s’est bien occupé de toi, merci la réponse médicale. Des pilules pour faire croire à la disparition du mal alors qu’en vrai, on veut juste que t’arrêtes de faire n’importe quoi et que tu t’foutes pas en l’air. Mais t’as prouvé maintes fois que tu savais nager, et sacrément bien ma sœur, t’es tellement belle. Sauf que y a toujours un enculé pour venir te tirer par le pied et te faire boire la tasse, une fois de plus. J’t’en supplie, mets-leur des coups de latte, sort de l’eau, marche sur la plage, profite un peu, si besoin fait un doigt d’honneur à ton prédateur et fuit.
T’es tellement magnifique que le seul gars qui te mérite c’est celui qui regardera ton visage et le fond de tes yeux avant tes gros seins et ton cul, qui saura voir la beauté de ton cœur sans ignorer à quel point il est en miettes, qu’aura même pas peur et qui t’aimera malgré ta douleur. T’es fracassée ? Ouais, j’en ai une petite idée. Mais tu sais quoi, t’as assuré, t’es toujours là, et parler, c’est commencer à ne plus accepter. Et, qui sait, peut-être qu’à force de nous entendre, ils finiront par comprendre.
Enfin, ça c’est sans compter sur la proportion de gros cons dans la population, mais bon…
En attendant que les choses changent, j’avoue c’est petit, mais j’ai envie de vous traiter un peu les gars. Ouais ouais, vous vous sentez beaux et puissants, la société vous encourage, et alors ? Vous êtes obligés d’être des gros cons de moutons ? Sachez qu’user de sa supériorité pour obtenir quelque chose contre le gré de l’autre, femme ou tout être plus faible que soi, c’est imposer un combat inégal, en fait il ne peut pas y avoir combat. J’vous dis franchement, quand j’pense à mes sœurs, mes tantes, ma grand-mère, mes copines, j’suis en colère et j’me dis qu’on est vraiment trop à vous subir donc j’ai besoin d’lâcher un peu de lest :
Toi l’salopard qui profite de la jeune fille fébrile ;
Toi l’papi crado qui pelote le gamin sur ses genoux ;
Toi la star qui partage sa groupie avec son pote ;
Toi l’gros bourré qui viole dans une ruelle ;
Toi l’mari qui baise ta femme même quand elle veut pas ;
Toi l’pauv’ gars qui drague des paumées et les baise à l’orée des bois ;
Toi l’frangin qui tripote ses frangines ;
Toi l’vicieux qui joue avec ses doigts ;
Toi l’papa, l’parrain qui n’fait pas mieux ;
Toi l’patron qui joue de son pouvoir…
Wahou. Vous voyez, j’peux pas lister tous les connards dans votre genre, z’êtes trop les gars, j’pense que vous n’en aurez rien à branler d’mes mots, mais tous les mâles qui traitent les femmes comme de la merde, réfléchissez. Ça n’peut pas marcher si vous nous dominez les gars, le monde a besoin d’équilibre. « La femme est l’avenir de l’homme ? » Haha, vous vous tirez une balle dans l’pied, si vous continuez à abuser, vous n’avez pas d’avenir…
Tous les mecs qui se reconnaissent dans ce texte, si ça vous fait mal au cul de vous faire insulter, c’est la moindre des choses, moi, ça me soulage à peine. Sachez que tous les culs que vous avez touchés sont meurtris à jamais et que ça n’peut pas s’oublier. Vous n’serez pas puni ? Tant pis. Nous aussi on est fortes, on va guérir de nos blessures, et être belles, puissantes même, autant que vous, et j’espère qu’on n’en abusera pas. Tous les mignons, mignonnes, qu’on croisera mériteront qu’on les aime, comme on pourra, à cause de votre passage.
19 – LA TROUSSE CORRÉZIENNE N° 49
CIRCÉ





