
En juin 1973, lorsque le plan de licenciements et le démantèlement de l’usine de montres Lip de Besançon sont annoncés, le comité d’action (CA), issu des luttes précédentes, se remet en route. Il est animé par des OS 1 du montage (en grande majorité des femmes). Les syndicats eux, sont présents dans le milieu professionnel (essentiellement masculin). Le CA organise la lutte, les décisions sont validées par l’assemblée générale (AG) qui se tient tous les jours. Les commissions organisent la logistique de la grève au quotidien.
Après la démission et le départ de la direction, l’exfiltration des administrateurs judiciaires par les CRS, l’AG, sur proposition du CA, décide d’occuper l’usine et de se constituer un trésor de guerre en allant mettre à l’abri les montres en stock. Pour se payer, l’assemblage des montres sera remis en route. Elles seront vendues par les salariés pour soutenir la grève et assurer les paies ouvrières jusqu’à la fin de la grève en mars 1974. « Des ouvriers se passent de patron… pourquoi pas vous 2 ! » Rapidement, l’AG décide d’ouvrir les portes de l’usine à tous :
« Tous ceux et celles qui venaient à Lip pouvaient entrer, circuler dans les espaces de la lutte. Donc, voir de près le fonctionnement, assemblées générales, commissions, atelier de production, restaurant, pelouses, parc, débats divers avec les Lips 3 . »
Le 14 août, les CRS occupent l’usine. Les commissions organisent la lutte dans la ville de Besançon avec le soutien de la population. « L’usine est là où sont les ouvriers 4 ! » Le 29 septembre, 100 000 manifestants marchent sur Besançon.
Les négociations se poursuivent avec le représentant du gouvernement, et tout le personnel sera repris progressivement dans une nouvelle société en mars 1974. Les femmes, majoritaires chez Lip, sont très présentes dans la lutte. Sans elles, le conflit n’aurait pu prendre cette dimension, cette popularité.
Charles Piaget, récemment décédé, était le fédérateur de la lutte des Lips. À l’époque délégué du personnel CFDT de l’atelier profes-
Communiqué de presse du groupe forêts du Syndicat de la Montagne limousine
sionnel de l’usine, il nous transmet : « Quand il y a des délégués qui sont les mandataires pour se battre, la bataille est à la hauteur de ces mandataires. Mais quand la bataille est l’affaire de chacun, la dimension change. Là il y a du cœur, du cerveau, des bras qui s’y mettent par conviction parce que je veux gagner, je veux participer. Et là chez les délégués il y a un certain affolement : on sert à quoi nous ? […] La réussite c’est de ne plus avoir besoin de leader ou tout au moins que leur voix compte pour un 4 . »
1. Ouvrier spécialisé. 2. Slogan issu d’un des multiples dessins produits pendant la grève. 3. Charles Piaget, On fabrique, on vend, on se paie – Lip, 1973, Syllepse, 2021. 4. Christian Rouaud, Les Lip, l’imagination au pouvoir (documentaire), Les Films d’ici, 2007.
Mercredi 29 novembre, Madame la préfète de la Creuse annonçait en conférence de presse qu’elle n’exigerait pas que le dossier déposé par l’entreprise Biosyl pour l’implantation d’une usine à pellets sur les communes de Guéret – Saint-Fiel soit soumis à une enquête publique.
Sa décision, s’agissant d’une usine qui va consommer 120 800 tonnes de bois dans un rayon de 150 kilomètres pour produire 85 000 tonnes de granulés, soumise à la législation ICPE (installation classée protection de l’environnement) défavorable de la commune de Guéret, a provoqué une vague de protestation à laquelle nous nous associons.
Aussi, nous avons souhaité, dans un premier temps, lui adresser cette lettre ouverte que vous trouverez ici 1 .
Cette lettre a pour but de démontrer que les propos tenus le 29 novembre […] ne reposent sur aucune donnée avérée. Pire encore, son argumentaire se base sur des faits dont les scientifiques s’accordent à dire qu’ils sont à l’opposé des connaissances actuelles sur la forêt et son rôle dans la protection de nos écosystèmes.
Ce texte est long, mais il nous a paru essentiel de reprendre point par point l’intervention de Madame la préfète afin d’attirer son attention et la vôtre sur l’inexactitude criante des arguments invoqués pour justifier sa décision.
1. urlr.me/zhdYL.
15 – LA TROUSSE CORRÉZIENNE N° 49
et malgré
l’avis
PIERRE BAILLOUX





