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La Trousse Corrézienne

LTC 48 · 1 octobre 2023

Les Résistantes, temps forts sur le Larzac

Les Résistantes, temps forts sur le Larzac — La Trousse corrézienne n°48

« On est là pour se rencontrer, faire se rencontrer les luttes. » « S’allier, réfléchir à ce qui nous rassemble, on est capable de s’unir. » « On a gagné, ici, cette lutte il y a quarante ans car on a établi un rapport de forces. » « Tous et toutes ensemble, on peut gagner, c’est pour cela qu’on a créé cet évènement, prendre le temps de construire des alliances et avoir des victoires »… Tout est dit : nous étions là, les 3, 4, 5 et 6 août, aux Rencontres des luttes globales et locales 1 , pour créer des alliances, pour apprendre, pour se connaître et lutter ensemble, 4 500, 5 000 et même 7 500 personnes à un moment. Respect et chapeau bas pour l’organisation

À l’arrivée, très bien signalée, la houle des tentes sous le vent, les pisse-accroupi·e et les pisse-debout, les couleurs des chapiteaux, l’espace, le grand espace, la cantine, des détails, du rien, l’ensemble, c’était beau. L’assemblée d’ouverture, la bonne humeur, l’affirmation de ce qui est là, les paroles précises de chacun·e, la présentation détaillée de l’organisation, des cantines, du soin, du lieu (20 hectares) mis à disposition par des paysans, des mutuelles de matériel, du fragile équilibre financier, de l’hygiène du site, de la bambinerie, des maraudes de veille, de la sécurité incendie… Plusieurs milliers de personnes lors des repas, préparés majoritairement avec des produits locaux, servis dans de la « vraie » vaisselle, plus de 700 bénévoles avec « a minima 1 200 créneaux de 2 h de bénévolat ». Reconnaissance pour l’organisation qui incite à respecter le tout des lieux et des personnes.

Cent-soixante-quinze temps différents

Tables rondes, formations, ateliers, arpentages. De quoi apprendre à renoncer. Aller vers les assemblées de luttes : eau, routes, forêts, fermes-usine… ? Porter ses pas vers ce qui se dit sur le photovoltaïque au sol, ou sur le rôle des médias, sur l’imaginaire des luttes ? Apprendre

à communiquer, à gérer les conflits, à imaginer une cartographie militante ? Visionner Femmes rurales en mouvement ou Mon Troupeau irradié ? Traîner aux stands divers ? J’ai déambulé parmi le tout dans le vent fort qui soufflait ces quatre jours, ai écouté, participé. Je retiens cette constante : une animation de qualité qui évite les écueils des débats binaires stériles, attentive à une participation équilibrée de chacun·e, attachée à dépasser les conflits, non pas en les niant, mais en cherchant une autre voie.

Ils ont osé la rencontre antispécistes et éleveurspaysans !

Oui, parmi tous les ateliers et toutes les formations (« Se préparer à la garde à vue », « Organiser une action de A à Z », « Créativité et art dans les luttes », « Défaire le rêve sécuritaire de la safe city avec technopolice », etc., etc.), était proposé : « Élevage paysan et antispécisme : deux mondes irréconciliables ? » J’y suis allée, convaincue d’un échange impossible. « On n’est pas là pour batailler, on est là pour se rencontrer » est une des phrases d’introduction de Laure, l’animatrice de l’atelier. J’y apprendrai que l’association citoyenne qui a initié la bataille d’opposition à la ferme des mille vaches a eu le soutien actif à la fois de L214 et de la Confédération paysanne. J’ai ressenti dans le corps les difficultés d’échange, l’impossibilité pour un syndicat paysan de

s’allier officiellement avec une association qui prône la fin de tout élevage et, aussi, la proximité et la nécessité d’alliances, au moins ponctuelles. La question « sachant que l’alliance officielle n’est pas possible, quelle stratégie pour lutter contre les fermes-usines ? » a permis l’échange pour trouver des idées et non pas pour convaincre l’autre. Définir l’objectif, se sentir en accord sur cela, chercher comment fédérer avec ce but : c’est dingue le bien que cela fait, dans la tête et dans la relation à l’autre.

Des tables rondes expertes

Un exemple parmi de nombreux autres, la table ronde « Agrivoltaïsme et artificialisation des terres ». Elle accueillait, entre autres, Valentine, ancienne prospectrice foncier salariée d’un développeur. J’y ai entendu qu’aucune étude sérieuse (c’est-à-dire non entachée de conflits d’intérêts) prouvant l’intérêt des panneaux en agriculture n’existait, que nécessairement « mettre des panneaux impacte le lieu », que tout est art de langage. Parler d’ombrières, de sols incultes, de complément de revenus pour des « petits » agriculteurs est consensuel, coupe toutes questions par l’évidence apparente. La stratégie de l’industriel : utiliser la précarité extrême des uns et alimenter (en même temps) la spéculation foncière. Et, derrière l’agrivoltaïsme, c’est l’agriculture et l’élevage de « précision » qui se profilent, l’art de la technique « de pointe » menée au détail, avec ladite « intelligence artificielle », loin du vivant. Tout peut-être robotisé. La question devient : « Quel métier, quelle agriculture » voulons-nous ? Ces tables rondes ont permis d’entendre une parole directe, documentée et argumentée.

C’était joyeux

Il y a eu une vraie attention aux prises de paroles, un usage limpide de la langue inclusive qui me l’a faite apprécier. Et, je retiens de l’échange autour du livre Joie militante 2 la force de la joie et de l’humour dans les luttes. Plusieurs milliers de personnes sont passées, dont beaucoup ont été confrontées, dans leurs luttes, à de la répression, au boycott des médias. Des vieux de la vieille mélangés avec la jeunesse militante, largement présente. Une jeunesse experte, dégourdie, affirmée. « C’est une génération que j’ai rencontrée, j’ai été trop contente de les voir si nombreux et de voir leur manière de militer, voir la transmission par notre bonne vieille éducation populaire, et qu’on peut s’en emparer », me dit une participante. Il est vrai aussi, et cela s’est dit plusieurs fois, que nous nous ressemblions majoritairement blancs, et si nous venions de toute la France, rurale et urbaine, ils étaient rares ceux et celles des quartiers populaires urbains : un vrai défi pour les mouvements à venir.

https://lesresistantes2023.fr/ 1. carla bergman et Nick Montgomery, Joie militante 2. (traduction Juliette Rousseau), Éditions du commun, 2021.

13 – LA TROUSSE CORRÉZIENNE N° 48

fort :

MARIE-LAURE PETIT

Du papier, des crayons, pas de pubards.

Le papier, c'est encore mieux.

C'est bien de nous lire sur ton mobile. Mais la Trousse papier, c'est autre chose : 5 numéros par an, écrits et dessinés en Corrèze, postés chez toi.

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